Traduire et prier le Notre Père : quand la formule change…

La nouvelle traduction liturgique du « Notre Père » doit entrer en vigueur le premier dimanche de l’Avent 2017, dans l’Église catholique et les Églises protestantes traditionnelles. Afin de préparer en commun la réception de cette nouvelle version, le groupe œcuménique de Sarrebourg avait choisi de consacrer sa séance du mois d’octobre à l’étude de cette prière commune aux chrétiens de toutes les dénominations. À cette occasion, une conférence a été donnée par le père Fabien Faul, enseignant au Centre autonome d’enseignement de pédagogie religieuse de Metz.

Cette nouvelle traduction s’inscrit, pour l’Église catholique, dans une réforme globale du missel, dont la version actuelle date de l’après-concile. L’Église protestante unie de France (EPUdF) a elle aussi recommandé ce changement au cours de son synode national du printemps 2016. Elle a été rejointe, depuis, par l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL).

Il s’agissait de remplacer la formule « ne nous soumets pas à la tentation », fortement controversée, par la suivante : « ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Le père Fabien Faul a rappelé que le texte de référence, tiré de l’Évangile de Matthieu, a été rédigé en grec. Lorsque nous lisons et récitons le Notre Père, nous avons donc toujours affaire à des traductions. Or, le processus de traduction implique des choix pas toujours satisfaisants, car d’une langue à l’autre, les mots n’ont pas le même sens. Ces choix interrogent les représentations que l’on se fait de Dieu.

Littéralement, la demande pourrait se traduire par : « Et ne nous conduis pas dans la tentation ». La précédente formule laisserait-elle donc entendre que Dieu est à l’origine de la tentation ? Si la Bible ne présente pas les choses ainsi – c’est Satan, et non Dieu, qui est à l’origine de la tentation – il y est question de mises à l’épreuve : celle d’Abraham, au moment du sacrifice d’Isaac (Gn 22,1-19), celle du Christ au désert (Mt 4,1-11), mais également à Gethsémani. Pour lui, à ce moment, la tentation consiste à vouloir accomplir le salut par d’autres moyens que les moyens justes, à savoir la Croix, ce qui reviendrait à nier l’Incarnation (Mt 26,39 et 42).

Lors de cet épisode, Jésus invite les apôtres à « veiller et prier pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,40-41). La tentation des apôtres est de vouloir échapper aux tribulations qui les attendent (épreuves eschatologiques) et qui sont comme le prolongement de la croix du Christ.

Nous pouvons entendre cette demande de deux façons :

  • désirer, comme une grâce, de rester fidèle dans la tentation, de ne pas se laisser détourner de la foi – sans tomber dans la vision infantile d’un Dieu qui devrait nous préserver de prendre nos responsabilités ;
  • accepter un chemin de foi où les mises à l’épreuve contribueront à raffermir la foi.

Si l’on est tenté de trouver d’autres voies de salut, on demande le secours de Dieu pour qu’il ne permette pas cela.

Le « Notre Père » est la prière de ceux qui croient au Christ, qui sont devenus en lui fils et filles de Dieu et qui désirent que son salut s’étende au monde entier. En ce sens, elle doit dépasser la prière des publicains et celle des pharisiens. Elle est liée à la justice du Royaume, qui est une justice supérieure, et implique de se mettre au service de l’annonce du règne de Dieu. Nous sommes appelés à désirer la venue de ce règne et l’accomplissement de la volonté du Père. Celui qui prie ainsi reçoit cette justice supérieure.